samedi 19 avril 2008
La fin
Par Helen HA, samedi 19 avril 2008 à 16:57 :: :: Pensées
"Tout a une fin"... J'en sens une approcher. Which one? Celle des vacances! "Formalité", "futilité", me direz-vous! Peut être, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que cette sensation de fin m'invite à me pencher sur la question, qui est aussi celle de l'accomplissement, de l'achèvement, du passé bel est bien passé, des regrets et remords peut être, du temps qui passe... S'il y a un début, il semble qu'il y ait obligatoirement une fin; et ça ferait peut être moins mal si nous en prenions conscience. Nous entreprenons des choses toujours plus excitantes, toujours plus passionnantes parce que nous les imaginons éternelles... Nous ne voyons que l'instant présent et nous savourons l'intensité du moment. Sonne alors le glas et c'est la descente! L'euphorie, le plaisir, le bonheur se transforment en lassitude, résignation et désillusion. La fin nous tombe dessus et arrive même à nous surprendre parce que nous la nions trop souvent. Nous avons peur de la fin. Nous avons peur de l'inconnu. Nous avons peur du vide, de la solitude, du rien. Nous avons peur de la nouveauté. Nous avons peur de tout et nous n'avançons pas. Nous vivons dans l'intensité plutôt que dans la durée. Et nous parvenons encore et toujours à nous étonner quand arrive la fin : la fin des vacances, de l'été, du film, de la chanson, du trajet, de l'étreinte amoureuse, de la relation avec l'autre, de la journée, de la vie... "Mince, c'est déjà fini!", "Mince, il est trop tard", "Mince, j'en veux encore"... Nous savons, mais non, nous persistons à nous faire du mal, à nous laisser surprendre, à espérer que cette journée pour une fois dure 29h au lieu de 24. Nous continuons à faire nos étonnés, nos ignorants et nos désespérés. Et on y croit! On y croit!... Et on souffre, on souffre parce qu'on se refuse d'accepter et d'assimiler à notre raisonnement, les circonstances d'une vie : un début, un intervalle de temps plus ou moins long, une fin.
Bien sûr, il y a des fins auxquelles nous aspirons! L'accomplissement d'une tâche, l'achèvement d'un tableau, d'un roman, la fin d'une souffrance, d'un labeur... Mais sommes-nous pour autant satisfaits? On sait qu'il faudra recommencer. Nous sommes usés à l'idée même d'y penser... N'y a-t-il pas beaucoup de résignation là dedans? Finalement, quand avons-nous le choix? Celui de faire perdurer l'instant T pour qu'il devienne au mieux perpétuel? Jamais... Il existe toujours une contrainte: le temps, le corps, le supérieur hiérarchique, l'angoisse de l'avenir, les cas de force majeure, la nature, nous-même...
Tu ne peux rester dans ses bras plus longtemps: il a une mission à accomplir sur cette terre en tant qu'employé qui contribue à produire la richesse de son pays avant la sienne; tu ne peux continuer de rêver parce que tu ne peux ne servir à rien pour ton pays trop longtemps; tu ne peux lui dire parce que tu feras souffrir l'autre; tu ne peux écrire tous les jours et toutes les nuits parce que tu mourras de fatigue...
Mais c'est parce que rien ne dure que tout est si précieux. On ne peut revenir sur la fin. Elle ne nous laisse pas ce choix. Mais je pense qu'elle pourrait être plus supportable si nous étions moins angoissés, tiraillés, ignorants, craintifs et si nous acceptions notre condition, à l'évidence, irréversible, indéniable. Je vais mourir. Tu vas mourir et lui aussi va mourir. Dans quelques heures le soleil ira se coucher, ce sera la fin de la journée et tu ne pourras rien y faire même si le noir te rend fou; tu aimerais rester dans ton bad trip mais tu reprendras tes esprits et devras à nouveau affronter la vie qui te donne envie de gerber; tu aimerais avoir 20 ans éternellement mais la vieillesse finira par gagner du terrain et te rendre laide...
Début - fin - début - fin - début - fin... C'est peut être de cette manière qu'il faut voir la chose. Une chose prend fin pour donner naissance à une autre : tu devras te séparer de lui un moment mais alors, tu pourras penser à lui à t'en faire péter le cœur de sentiments tous plus intenses les uns que les autres et tu te sentiras vivre; tu devras arrêter de voir tes amis, de jouer de la guitare, d'écouter de la musique, d'écrire, de conduire, de penser et de te sentir libre à longueur de journée mais tu te remettras à apprendre, à t'instruire et puis, tu reverras tes amis, tu rejoueras de la guitare... C'est ainsi que va la vie :)
Tu sais que le baiser ne durera pas indéfiniment... mais tu sais surtout qu'ainsi, il sera intense, précieux, unique, passionné, fougueux, beau et tellement vrai! Ce baiser aura une fin et il risque aussi d'être le dernier: alors dans le doute, tu t'attarderas sur les lèvres de l'âme-sœur afin de ne pas avoir à regretter. Tu te seras senti(e) vivre, tu auras fait ce que tu avais à faire et alors tu n'auras pas eu peur. Tu auras allié désir et raison.
La fin n'est que le début. N'ayons plus peur.



